"La chanson est expansion dans le passé, la photo finitude. La chanson est le sentiment heureux du temps, la photo son tragique. J'ai souvent pensé qu'on pourrait raconter toute sa vie seulement avec des chansons et des photos"

Annie Ernaux




vendredi 9 juillet 2010

The piano


La leçon de piano (The piano) - Jane Campion (1993).

Cette réalisatrice possède, de mon point de vue, une rare sensibilité, tout en pudeur, sensualité et force. Son cinéma révèle vraiment l'univers féminin vu par une femme. J'irai même plus loin en disant que pour moi, les personnages féminins qu'elle y décrits sont la représentation-même de l'image que j'aie des femmes.
Il faut dire que Jane Campion est douée pour les portraits de femmes, qui vont contre les conventions et qui ne se laissent pas contrôler par quelqu'un. Ici, Holly Hunter est une femme en souffrance mais possède à la fois un caractère fort et indépendant.

Sa pudeur se révèle à travers les non-dits des personnages comme la musique, les gestes, ou les regards. L’érotisme présent dans le film, porte le sceau d'une réalisation de femme car il n'est jamais vulgaire ; il n'est en effet que sensualité et sensibilité.
Toute la dimension poétique de ce film repose sur cette symbolique de l'éveil amoureux et sexuel de l'héroïne qui coincide avec l'éveil musical de Baines et le lien qui s'établit entre eux est le fruit d'une relation basée sur la découverte de l'amour par les sens. En effet, parce qu'Ada est muette, leur rapprochement se fait par tous les autres sens dont elle n'est pas privé : le regard bien sûr, mais surtout l'ouïe et le toucher. En effet, combien de plans mettent la lumière sur ces mains qui se touchent, ces peaux qui se frôlent, ces caresses qui se font de plus en plus précises, parfois prégnantes. Peu à peu le désir se révèle jusqu'à ce que les mains finissent par délaisser les touches du piano pour apprivoiser les formes des corps, jusqu'à ce qu'Ada réalise qu'elle ne voue plus un amour unique à son piano...
Porter à ce point la sensualité dans un film est fableux, vraiment...

Rien n'est laissé au hasard. Même la musique revêt une importance ; elle semble traduire les états d’âme de l’héroïne et leur évolution.
Inutile de préciser la main de maître dans le choix des acteurs !

Encore une fois, visuellement (car c'est pour moi l'essence-même du cinéma), il se dégage une harmonie subtile ; tous les plans qui sont de véritables peintures aux couleurs pures, sombres et au nombre restreint, sont un vrai régal pour les yeux. Et leur contraste saisissant avec la pâleur des visages permettent aussi à Jane Campion de mettre en lumière ses personnages...

Pour toutes ces raisons, et parce qu'il est un des rares films à cumuler perfection esthétique, intelligence de la mise en scène et scénario à la fois singulier et "universel", ce film constitue un vrai chef d'oeuvre dans la cinémathèque du panda :-)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire